Tomboy, Céline Sciamma (2011)

Quoi de plus naturel que le milieu infantile? Quoi de plus vrai que les relations entre les 6-10 ans? Rien. Et Céline Sciamma se fait le témoin plus que convaincant des rapports cruels et troublants qui régissent la vie de nos bouts de chou lorsque nous avons le dos tourné.

Laure (Zoé Héran) a les cheveux courts, porte des bermudas, joue au foot torse-nu, et profite de son dernier déménagement pour devenir Michaël. Ce n’est pas bien compliqué. La petite fille n’a que 10 ans et un physique androgyne. Seulement c’est bientôt la rentrée et, d’après ses camarades, Michaël n’est toujours pas inscrit sur les listes de classes…

Plus qu’une dissertation sur l’homosexualité infantile, Tomboy est un véritable hymne à l’enfance sans tabou, asexuée et confrontée à un carrefour décisif : l’adolescence et le choix qui s’impose quant à l’affirmation des genres — les anges pervertis par le monde adulte finissent toujours déchus. Comment grandir lorsque l’on se rend compte que l’on n’est pas né dans le bon corps? Laure fait le choix de mettre tous ces soucis de côté et vit comme elle l’entend, sans se soucier des conséquences, notamment le problème imminent de la rentrée des classes. Céline Sciamma aurait juste posé une caméra au milieu d’un groupe de copains, elle n’aurait pas pu mieux rendre cette atmosphère très naturelle propre aux enfants : on ne se pose pas la question de savoir ce qui se passera quand la supercherie sera découverte ; on vit au jour le jour et on profite à fond de ces petits moments de bonheur où l’on peut être qui l’on veut. L’amourette entre Laure/Michaël et Lisa (Jeanne Disson) est d’ailleurs le symbole de cette insouciance, voire même de cette inconscience qui porte la petite fille, mais qui aura également des conséquences tragiques une fois le rideau tombé. Et même si l’on sait que rien ne va durer, on s’attache à Michaël plus qu’à Laure, on souhaite que rien ne soit jamais découvert, on angoisse lorsque l’enfant joue à se battre lors de la sortie au lac de peur que les autres se rendent compte du leurre en pâte à modeler. En bref, on ne croit plus en Laure ; l’enfant n’a jamais été une petite fille.

Mention spéciale pour la prestation de tous les jeunes acteurs qui ne surjouent jamais. On pourrait se croire devant un documentaire, une étude sur les enfants dans « leur milieu naturel ». Tout semble si simple et à la fois compliqué, leurs réactions d’intégration puis d’exclusion sont poignantes, les rites de passage sont convaincants, leur cruauté est plus que réaliste et va toujours de paire avec leur pardon presque automatique. On se chamaille, on se bat, et on oublie tout instantanément. Même lorsque l’on découvre que Michaël n’a jamais existé.

Céline Sciamma livre ici une deuxième petite perle du cinéma de genre, une tranche de vie sans rebondissements exceptionnels dans laquelle chacun se reconnaît et aime à se reconnaître. On se laisse emporter doucement le temps d’un été et l’on finit par terriblement s’attacher aux personnages sans même en avoir conscience. Tomboy est tout simplement un petit chef-d’œuvre à ne manquer pour rien au monde.

 

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