You’re Next, Adam Wingard (2013)

Il a osé ! Avec son dernier « home-invasion », You’re Next, Adam Wingard impose au spectateur un Nième slasher « so 90’s » qui semble s’être trompé de décennie. Un sentiment de malaise qui commence d’ailleurs à la lecture du pitch aussi élémentaire que prévisible : la famille Davison se réunit dans sa résidence secondaire, perdue au milieu de nulle part, afin de fêter les 35 ans de mariage de Père et Mère. Les animosités refoulées ne tardent pas à faire surface au cours du dîner, jusqu’à ce que l’un des invités prenne une flèche en plein milieu du front et que la petite famille s’aperçoive qu’elle fait l’objet d’une attaque de psychopathes qui ont, bien entendu, pris soin d’éliminer leur unique voisin.

Un scénario qui n’est pas sans rappeler celui du terrible Funny Games dont certaines scènes semblent littéralement avoir été calquées. Passons, il n’existe pas trente-six méthodes pour introduire un « home invasion » de manière rapide et efficace. Néanmoins, pendant toute la première demi-heure de You’re Next, le spectateur ne peut s’empêcher de se poser des questions : comment peut-on encore aujourd’hui financer un projet comme celui-ci ? Pire, comment peut-on à ce point se méprendre et réaliser un film dont le genre est désormais considéré comme obsolète ? D’autant plus que le moyen de pression des tueurs consistant à gribouiller la sentence « you’re next » sur les murs avec le sang des victimes nous ramène impitoyablement à cette erreur grotesque que fut Souviens-toi l’été dernier… Un scénario convenu, des acteurs aussi beaux que lisses, des personnages agaçants, des dialogues et une mise en scène qui frôlent la platitude, une musique saturée en basses dans les moments critiques, le spectateur est mal à l’aise et prie pour qu’il s’agisse d’une mauvaise plaisanterie.

Quand tout à coup, Wingard effectue une pirouette majestueuse et se rit ouvertement du public qu’il a royalement pris au piège. Car Wingard n’est pas bête. Wingard sait ce à quoi s’attend le spectateur, et il le lui prouve en usant et en abusant de tous les clichés du genre mis à sa disposition : hurlements hystériques, méthodes d’assassinat inédites pour chacune des victimes, présence des tueurs aux endroits les plus effrayants – sous le lit, dans la cave, derrière la fenêtre au moment où on s’assure qu’elle est bien fermée –, « jump scares » à tire larigot, tant et si bien que l’horreur vire au burlesque et que l’on ne peut s’empêcher de rire de bon cœur. Tout semble être manigancé d’avance par un réalisateur et un scénariste qui maltraitent leurs personnages en les tournant en ridicule et en les confrontant aux situations les plus stupides du cinéma d’horreur ; tout le monde sait qu’on ne doit pas rester seul dans une pièce à l’étage quand le reste de la famille tient conseil au rez-de-chaussée. Wingard le sait également. Et pourtant, il s’amuse à malmener ses personnages avec un cynisme certain et la volonté de tourner les slashers en dérision, sans pour autant virer dans la farce horrifique – Scary Movie, par exemple.

On relève toutefois quelques maladresses dans la réalisation, notamment concernant la caméra pas toujours stable quand elle devrait l’être. Par ailleurs, à force de vouloir surprendre, Wingard tend à se perdre dans la parodie et pond quelques séquences malhabiles. On pense à la scène de l’appareil photo, bonne idée de départ, qui a tôt fait d’étourdir un public menacé de finir aveugle s’il ne ferme pas les yeux. Dommage.

Cependant, ces quelques impairs n’enlèvent rien à la distraction qui s’offre à nos yeux, et le long-métrage atteint son but sans trop de difficultés. Il s’agit alors de mentionner tout particulièrement l’absurdité de la scène finale qui achève de convaincre les spectateurs les plus réticents grâce à un humour noir et juste résumant à lui seul l’étrange phénomène que l’on vient de visionner. Dans le sillage de Scream 4, You’re Next se veut caricatural sans jamais sombrer dans le grotesque, et c’est là la clef de sa réussite.

 

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